"Fan"


Septembre 2004

Fans de Candeloro, fans de Marina et Gwendal, fans de Brian,…, les murs de leurs chambres sont tapissés de photos dédicacées, de posters, d’affiches de galas, d’articles de journaux… Tout, tout ce qui se touche à Candel, M&G, Babou se trouve là, entassé dans cette pièce de neuf mètres carrés.

Lorsque vous y pénétrez, vous êtes tout à coup immergé dans l’univers étrange du fan habitant cet espace sacré, consacré à Marina et Gwendal… En promenant votre regard sur les murs, les images du programme L’homme au masque de fer défilent dans votre esprit … ; et plus que ça, vous êtes envoûté par le parfum de Marina, vous plongez virtuellement dans l’océan des yeux de Gwendal, vos doigt caressent ce petit bout de papier jauni sur lequel vos deux héros ont griffonné leurs autographes, face à votre miroir vous vous surprenez à imiter leur gestuelle symbole de liberté… Une voix intérieure vous interpelle… : « comment s’appelle le chat de Gwendal ?!!! » Et là, vous sautez sur la pile monstrueuse de cassettes VHS enregistrées dont vous extirpez celle où est inscrit « 30 million d’amis avec Marina et Gwendal », vous la glissez en un éclair dans la fente du magnétoscope et vous voilà en compagnie de Nabaa, le chat, et surtout en compagnie de Gwendal !

Mais de qui est-il question ? De vous ou du fan ? Peut-être des deux ? Parce qu’une fois entré dans cet univers fabuleux, vous avez été séduit et vous vous êtes senti devenir fan…

Fan, c’est un état, c’est un art de vivre, c’est un sentiment qui se partage, qui se transmet par contagion… Ce n’est pas sans raisons qu’il existe maints fan clubs ou forums de discussion grâce auxquels on échange ses impressions sur son patineur préféré, on montre ostensiblement l’amour qu’on lui porte, et puis finalement on lie des amitiés avec des individus qui semblent ressentir, comme nous, une admiration excessive pour cet athlète… A deux, trois, quatre… l’enthousiasme se décuple, mais surtout on se déculpabilise, on se rassure : « Je ne suis pas seul ! Véronique, Ludivine aussi, elles adorent Brian, elles aussi, elles ont des autographes, elles collectionnent des photos ! Ouf, tout va bien, je peux continuer ! » Encore plus fort, encore plus fan !

Ensemble, le petit groupe de fans se déplace de compétitions en galas, d’entraînements en séances d’autographes. A chaque fois, l’excitation est à son comble ; on s’amuse, on trépigne, on frissonne en attendant le moment M, ce moment où l’on rencontrera son idole. Soudainement, on l’aperçoit à la sortie des vestiaires, et là une forme de jouissance cachée se fait sentir. A mesure que le patineur approche, les pulsations du cœur s’accélèrent.

Dans ces instants là, on redevient seul, seul avec son plaisir mêlé d’angoisses. On voudrait que tout se passe idéalement –en effet, le vrai fan se définit par sa capacité à maintenir son hystérie au fond de lui-même… On aimerait donc pouvoir parler à cet être cher, on aimerait qu’il se rappelle de nous, qu’il retienne notre visage. On désire lui plaire. La tension monte… et si par chance, on échange quelques mots sympathiques avec le patineur, toute cette peur accumulée du rendez-vous manqué se transforme en exaltation, on jubile !

Un dernier sourire, un dernier regard vers son idole que d’autres fans attendent, et on peut se retourner vers ses amis, amorcer l’atterrissage vers la planète Terre. Souvent la descente est perturbée par de nombreuses zones de dépression pendant lesquelles on revit la rencontre, on la raconte, on la mystifie. Enfin, on atteint le sol brutalement. Il faut rentrer chez soi, et patienter jusqu’à la prochaine occasion. Heureusement, on n’est pas seul, et nos amis fans vont nous soutenir durant ces semaines vides. Ils vont entretenir en nous la flamme du fanatisme.

 

Un jour, tout bascule, sans même que l’on puisse s’en rendre compte.

Un jour, on franchit la ligne jaune.

Un jour, l’expression « je suis fan » revêt une nouvelle signification, une signification plus terrifiante. Elle a quitté le sens d’amour et d’admiration, pour accoster celui de l’obsession, de la maladie, de la boulimie.

Désormais, « être fan » ce n’est plus seulement un plaisir, une excitation, un bonheur. Au contraire, « être fan » associe de nouveaux états bien plus désagréables et négatifs. Possession, jalousie, frustration sont le lot des fans fanatiques ; et au sommet de tous ces vices trône une douleur : la perte d’identité. En effet, le fan disparaît derrière son idole. Il n’existe plus pour lui-même, mais il existe à travers l’idole. Il cherche à lui ressembler, il s’oblige à aimer, à s’intéresser aux mêmes choses que lui. « Si j’existe, ma vie, c’est d’être fan » ces paroles de la chanson de Pascal Obispo résument cet état de faits. La vie du patineur adulé a envahi celle du fan –malheureux. Malheureux, parce qu’on ne peut être heureux qu’en vivant sa propre vie, certainement pas en vivant celle de son héros !

Bien heureusement, seuls quelques fans franchissent cette ligne jaune, et toujours ils ont la possibilité de faire demi-tour.

 

Encourager, supporter, aimer, oui ! Parce que lorsque l’on aime, on s’estime d’abord soi-même ! Mais être fan, attention ! Gare aux dérives de l’admiration ! Sachez que dès lors qu’on devient « fan », on pénètre en terrain dangereux, et la frontière entre le fan enthousiaste et le fan pathologique demeure fragile !

Anne-Claire