«  Le patinage va mal »

(Février 2005)

« Le patinage va mal », un fantasme cauchemardesque des accros de la discipline ou une triste réalité ?
Le visage actuel du patinage reflète une mauvaise santé de ce sport, avec en tête des symptômes de ce malaise de la glace les diffusions télé. Lors des championnats d’Europe, il fallait réveillonner jusqu’à minuit ou une heure du matin pour voir les programmes de Brian Joubert ou d’Isabelle Delobel & Olivier Schoenfelder qui, soulignons-le, ont tous les trois été médaillés. Le deuxième symptôme s’observe dans les gradins des patinoires : au Bompard, c’est avec amertume que l’on découvre des tribunes à demi-vides (à demi-remplies diront les optimistes !). Ne parlons même pas des standing ovations. C’est quoi, en fait ? Il me semble que c’est un phénomène produit par une foule qui, d’un coup d’un seul, est envahie par l’émotion et se lève à l’unisson pour applaudir la performance à laquelle elle vient d’assister. Un phénomène évaporé des patinoires françaises.

Qu’il est loin le temps de Candeloro ou de Marina & Gwendal qui avait cette chance –et peut-être aussi ce talent et ce charisme– de toucher le public dans son cœur. Rappelons-nous le gala des Masters Miko à Bercy en 2002. Pendant de longues minutes, les spectateurs ont applaudi, debout et les larmes aux yeux, Marina & Gwendal. Le POBP tout entier a frissonné de ces instants emprunts d’émotion. Preuve aussi de ce manque de dynamisme du patinage actuel, c’est que l’on invite les anciens dans les émissions de divertissements. (Par exemple, Candeloro à Vivement Dimanche).

Il ne s’agit pourtant pas de céder à la nostalgie, et de laisser glisser sa plume au rythme du leitmotiv « c’était mieux avant ! ». Au contraire, il faut plutôt essayer de comprendre pourquoi le patinage souffre aujourd’hui d’un affaiblissement de sa démocratisation, et il faut tenter de se mobiliser en conséquence !

Dans notre monde qui est celui de la télévision et de l’information à outrance, le patinage artistique gagnerait beaucoup à reconquérir les médias. Comment se fait-il en effet qu’il n’y ait eu qu’une seule journaliste lors de la « « conférence de presse » » précédant les championnats d’Europe de Turin ? Certaines voix s’élèveront pour dénoncer l’absence de Joubert à cette conférence. Est-ce une bonne raison ? Joubert serait donc l’unique membre de l’équipe de France ? Les médias ne connaissent plus que lui, s’acharnent sur lui, et parfois on découvre même des critiques plutôt cinglantes à son égard dans le seul magazine français dédié au patinage… Bien sûr, il y a des vérités parfois bonnes à dire, mais là ! Tout de même ! Sachons accepter les écarts ! Et pitié, évitons de massacrer injustement nos champions ! Car cela n’aidera pas à combler le manque d’amour pour le patinage !

Sur l’ordonnance anti-déclin du patinage, il faudrait aussi prohiber la tentation sectaire de ce sport. A la sortie des patinoires, on observe surtout des groupes de gens qui se connaissent, qui vivent des aventures ensemble depuis de nombreuses années et qui se contenteraient volontiers d’une « privatisation » du patinage. Abandonnons donc cet égoïsme, et ouvrons nous vers l’extérieur. Les fondus de ce sport devraient travailler à attirer le grand public dans les patinoires et non à seulement conserver jalousement les privilèges de leur connaissance du patinage.

Et quand court la rumeur qu’il n’y aura pas de tournée de l’équipe de France cette année, on se met à compter le nombre de cassette VHS de galas rangées sur notre étagère, ou bien, on se dit : « m****, il va falloir s’y mettre, et se mobiliser ! » 

Anne-Claire LETKI