XX Jeux olympiques d'Hiver - 10-26 février 2006 - Turin

Sixième

Cela fait quatre ans qu’il nous avait promis l’or olympique – à tout le moins une médaille pour Turin. La promesse ne sera pas tenue, son rêve ne sera pas réalisé.
Hier soir, sur la glace du Palavela, Brian Joubert a terminé sixième de la compétition, loin de son grand rival Plushenko, et surtout loin du podium. Pourtant, les portes étaient ouvertes : 4 ème à l’issu du programme technique, avec une très faible différence de points, Joubert pouvait décrocher l’argent ; d’autant plus que ses adversaires, à l’exception de Plushenko, n’ont pas assuré de programmes sans fautes. Lambiel a fait l’impasse sur le triple axel et les autres candidats à la médaille (Buttle, Weir, Lysacek) n’ont pas réussi ou même tenté de quadruple. Joubert, qui patinait avant dernier du groupe, avait donc toutes ses chances. Il les a ruinées en commentant deux fautes sur ses quadruples (une main, un retournement) et en chutant sur l’axel. Il lui manquait surtout un élément technique devenu indispensable avec le nouveau système de jugement : la combinaison triple-triple. Ses notes, très – trop – sévères l’ont placé septième du libre. Une déception. Une désillusion même. Un écoeurement. Et une contre-performance bien sûr.
À qui la faute ?
On n’a jamais préparé un champion dans la fébrilité, dans l’instabilité, dans les ruptures. Or depuis deux ans, Brian s’est toujours trouvé au cœur de la tourmente, ballotté entre sa mère Raymonde, ses entraîneurs éphémères, la fédération dépassée, et ses conseillers contestés. Depuis sa formidable saison 2004, Brian ne semble pas avoir été en mesure de retrouver une sérénité dans ses entraînements, et un plaisir sur la glace.
En 2002, à Lausanne, on avait fait connaissance avec un jeune homme surmotivé, bien dans ses patins, enthousiaste. Pour ses premiers championnats d’Europe, il avait même été propulsé sur la troisième marche du podium. Deux ans plus tard, il devenait champion d’Europe et vice champion du monde. Et puis, le train a déraillé. L’entourage de Brian s’est agité, s’est disputé. « J’exige tant de pourcentage de ses prize money ». « Je n’accepte pas de travailler avec Yagudin ». « Gailhaguet se sert de Brian » et cætera ! Des scènes de ménages courantes dans le patinage, mais qui aujourd’hui ont abîmé un champion. Déplorable.

C’est d’autant plus déplorable que cet entourage, qui se voulait le meilleur, le plus averti, n’a pas su mener Brian sur la bonne voie. Il a fallu attendre cet été pour que Brian se décide enfin à travailler ses pirouettes avec Lucinda Ruh. Ce n’est pas à la veille de la saison olympique qu’il fallait s’affoler sur les notes artistiques de Brian !
Quant à « l’affaire des quadruples », Brian s’est entêté. Il était clair depuis l’an dernier que les quadruples sauts ne payaient pas. Au Bompard 2004, Weir avait gagné avec ses triples sauts ; au Bompard 2005, Buttle l’avait emporté, lui aussi avec ses triples sauts ! Brian aurait dû s’adapter. S’il choisissait l’option de placer un ou deux quadruples dans son programme, il se devait absolument de les réussir, et surtout de les passer en combinaison. Evidemment, on ne peut que regretter cette régression du patinage masculin. La désillusion d’hier soir est donc peut-être aussi la faute du nouveau système de notation qui défavorise la prise de risque. C’est dommage pour le sport. Mais ce sont les règles. On ne peut leur tordre le cou que si l’on patine à la perfection…
Et si cette décevante sixième place n’était simplement que la faute du sport ?! Dans la carrière d’un sportif, il y a des jours où l’on est au top et des jours où rien ne va plus. Hier, Brian s’est trompé, Plushenko a assuré, Lambiel s’est battu, Buttle a patiné avec toute son intelligence. Le travail est le pilier de la réussite, mais il ne suffit pas. Il faut ce petit plus qui magnifie la performance. Ça peut être la chance, l’envie, le panache, l’intelligence, le risque. C’est tout simplement le sport.
Brian n’a que 21 ans, il reviendra sûrement, pour le pire ou le meilleur…


Anne-Claire LETKI