Championnat de France - 1er au 3 décembre 2006 - Orléans

Interview
Matthieu JOST

 

Matthieu Jost,médaillé de bronze avec sa partenaire Pernelle Carron, raconte l’aventure de leur programme et analyse leur compétition.

Esprit Patinage : Comment avez-vous choisi votre programme ?
Matthieu Jost : Notre programme, on l’a choisi sur le tard, voire sur le très très tard ! Parce qu’on avait des soucis avec Pernelle pour se mettre d’accord sur le choix de la musique. On avait chacun des propositions, mais qui étaient assez à l’opposé...

Esprit Patinage : Qui a gagné ?!
Matthieu Jost : Ni l’un ni l’autre. Ce n’est pas une bataille, il faut que le programme convienne aux deux pour qu’on arrive à transmettre quelque chose après.
On a aussi eu un souci de chorégraphe, qui était assez lié à ce problème de choix de musique, car moi j’avais un chorégraphe en vue par rapport à mon idée, et Pernelle pensait peut-être à d’autres personnes pour son idée. Ces chorégraphes là étaient spécialisés dans un style, on ne pouvait pas leur demander de faire un autre style.
Finalement, on arrivait à la fin du mois de juillet, il ne nous restait plus que 3 semaines de stage, et on n’avait toujours pas de programme ! Donc on commençait un peu à paniquer. Alors, Muriel Zazoui, notre entraîneur, a demandé à Marie-France Dubreuil & Patrice Lauzon, les vice champions du monde canadiens, s’ils voulaient bien monter notre programme. Ils ont accepté, et je les remercie encore une fois.
Ensemble, on a écouté beaucoup de musiques, on a discuté du choix possible de thème, et petit à petit des orientations se sont dessinées. On voulait quelque chose de plutôt joyeux, qui mette les gens de bonne humeur. On ne voulait pas trop des thèmes de musiques de films, des trucs sérieux, voire dramatiques, on voulait surtout éviter ça. On voulait quelque chose de plus ludique, de plus « spectacle », et donc on est rapidement arrivé sur une idée de chose enjouée, sur le thème de Paris, et à la suite de ça, on est arrivé sur Edith Piaf. Ensuite on a vu plusieurs versions de musiques – parce qu’elle en a fait tellement qui sont extraordinaires et qui pourraient aller sur la glace ! On a réussi à trouver ce compromis entre musique rapide et musique lente… bien qu’en fait, la musique rapide est omniprésente. On a moins d’une minute de lent sur les 4 minutes du programme. On fait « La foule », une valse mais qui est rapide sans arrêt, on fait « Milord » qui est rapide sans arrêt aussi ; on a juste une petite introduction lente sur « La vie en rose » en version accordéon, (parce qu’on ne voulait pas qu’il y ait trop de parties chantées différentes), et un petit interlude lent vers les ¾ du programme.
Cela a été intéressant de travailler avec Marie-France et Patrice, car ils sont très très forts sur la partie interprétation. C’est même probablement les meilleurs mondiaux sur ce point là. Ils arrivent vraiment à transmettre quelque chose, il y a un contact entre eux deux, et un contact avec le public, qui sont assez fantastiques. Ils ont réussi à nous transmettre un petit peu ça ; on a réussi à s’inspirer d’eux, et je pense qu’on peut retrouver un peu leur style dans notre programme, avec notre patte à nous bien sûr.
On a monté ce programme assez rapidement, en moins d’une semaine. Ensuite on l’a un peu retravaillé par-ci par-là avec eux, puisque que Marie-France et Patrice s’entraînent avec nous à Lyon. Donc, de temps en temps, entre deux mouvements qu’ils font, ils nous donnent deux, trois conseils.
C’est un programme qui nous plait bien, il nous a permis de passer un gros cap. En plus, le public accroche à tous les coups. Quand on était en Chine, ça a fait un tabac ! A toutes les compétitions auxquelles on a participé, à chaque fois, le public était conquis. Même les autres patineurs, les autres coaches. Je crois qu’il n’y a pas une personne qui ne peut pas se laisser prendre par un thème pareil. C’est Piaf !
Mais je pense aussi qu’on a su ne pas se laisser submerger par la musique, rester maître de la chose, ne pas devenir dépendant de la musique et éviter de lui courir après. Surtout, je crois qu’on a réussi à faire des éléments sur cette musique, notamment les portés – Marie-France et Patrice sont aussi, à mon avis, les meilleurs du monde au niveau des portés. On fait des portés assez impressionnants et difficiles qui, physiquement, sont très fatigants. Je pense qu’ils apportent un petit plus par rapport à d’autres couples.

Esprit Patinage : Comment évalues-tu votre performance des championnats ?
Matthieu Jost : On est très contents de notre performance. On a fait un sans faute sur l’ensemble de la compétition, notamment sur le libre où on a rien raté, alors qu’aux deux Grands Prix, on avait raté quelques éléments. Pour l’instant, on n’a pas encore vu les niveaux, mais je pense qu’ils doivent être plutôt bons. On a un point de déduction, on a dû avoir un porté trop long, on ne sait pas encore où exactement. Mais le juge va nous le dire.
On était un peu déçus sur les imposés, je pense qu’on aurait mérité la deuxième place. Sur les imposés et sur l’originale, à chaque fois, on est 7 ou 8 dixièmes derrière Nathalie et Fabian, donc c’était très serré. Après, sur le libre, on fait 5 ou 6 points derrière eux au général. C’est à la fois peu et beaucoup, parce que le souci, c’est qu’ils sont tout le temps devant nous sur les composantes. Et les composantes, c’est la note qui « garantie qu’on patine bien ou qu’on patine mal ». De ce fait, pour les battre, il faut que nous, on fasse nickel, et que eux, ils fassent mal quelques éléments.
Nathalie et Fabian ont un beau programme qui est complètement différent du nôtre. Ce qui est bien avec le nouveau jugement, c’est que ça permet de comparer deux programmes même si les styles sont différents. Le ressenti du juge rentre moins en ligne de compte. Après, temps qu’on restera derrière eux en notes de composantes, on n’aura aucune chance de les battre à la régulière sur l’ensemble d’une compétition. On peut les battre sur une épreuve ou deux, mais pour les battre sur toute une compétition, il faut que nos composantes montent. Et les notes de composantes sont les plus difficiles à faire évoluer, elles représentent un petit peu la hiérarchie du patinage, et elles montrent aussi – parce qu’il n’y a pas que la hiérarchie – l’expérience du patinage en couple, le fait qu’on se ressente mieux avec son partenaire, le fait qu’on soit plus ensemble. Evidemment ça se travaille, mais ce sont surtout les années qui l’amènent, et nous, ça ne fait qu’un an et demi qu’on patine ensemble, alors que eux, ça fait je ne sais pas combien d’années ! Techniquement, on est au point car on les a battus hier sur la danse originale.
Concernant la suite de la saison, on est dans l’attente, on ne sait pas exactement comment vont se passer les sélections. Il y a deux places pour les championnats d’Europe et deux pour les championnats du monde. Puisqu’on n’a pas eu de chemin de sélection comme les années précédentes, on ne sait pas… Peut-être que chacun des deux couples fera une compétition, peut-être que Nathalie et Fabian feront les deux. Par le passé, ça a souvent été la première solution quand deux patineurs étaient proches. J’espère que ça se passera comme ça.

Esprit Patinage : Ne crains-tu pas une hiérarchie assez figée au sein de l’équipe de Muriel Zazoui ?
Matthieu Jost : On essaie de passer outre. Comme on s’entraîne ensemble, ça crée une certaine émulation. Je pense que nous, comme eux d’ailleurs aussi, progressons plus vite à être au contact les uns des autres. Mais je pense que ça aurait peut-être été plus facile de les battre si on s’entraînait ailleurs, car ça aurait créé l’effet de surprise… Et en même temps, on n’aurait pas eu cette émulation, on aurait peut-être moins progressé ?

Esprit Patinage : Et il est vrai que Muriel représente l’excellence aussi…
Matthieu Jost : Oui, elle n’a plus rien à prouver étant donné tous les couples qu’elle a réussi à mener sur les podiums européens et mondiaux. Ce n’est donc pas la solution de la quitter pour ça. La solution, c’est de progresser sur ces fameuses composantes. Trouver la solution pour progresser plus vite que les autres. Ca ne fait pas longtemps qu’on patine ensemble, on part avec du retard, il faut le rattraper.

Propos recueillis par Anne-Claire Letki


Pernelle et Matthieu, un jeune couple de danseurs promis à un bel avenir