Trophée Bompard : l'analyse des pros

Esprit Patinage a rencontré Sophie Moniotte et Philippe Candeloro,
qui livrent ici leurs impressions sur la compétition et le patinage en général.

Philippe Candeloro

Esprit Patinage : Que penses-tu des performances d’Alban Préaubert et Samuel Contesti lors de ce trophée Bompard ?
Philippe Candeloro : Tout d’abord je ne vais pas parler de performances, que ce soit celles du programme court ou celles du libre. On voit bien qu’il y a une nette différence entre, d’une part, ces deux jeunes (Alban et Samuel) et, d’autre part, les gens qui ont une certaine expérience du patinage. Ils ont beaucoup de progrès à faire sur tout ce qui est petits pas et retournements. Il faut changer leurs tactiques de travail. Forcément, ce n’est pas la chose la plus facile à faire.
Aujourd’hui, j’apprends le nouveau système de notation et j’ai le sentiment qu’il faut tout repositionner, qu’il faut travailler différemment. Je pense que le plus dur à comprendre et à accepter, c’est qu’aujourd’hui on a formé plein de jeunes en leur expliquant qu’il fallait être viril pour patiner en France. J’ai moi-même beaucoup véhiculé cette image. Or maintenant, on demanderait plutôt à ces jeunes qu’ils évitent de perdre bêtement des points sur les cinq composantes du programme, et donc qu’ils améliorent leur technique de patinage, voire même leur cassement de poignet !

Ce n’est pas évident de faire comprendre à ces jeunes qu’ils doivent patiner différemment. Aujourd’hui la question que tout le monde se pose est : « faut-il ressembler à Johnny Weir pour espérer gagner ? ». Je ne reproche rien à Weir, mais force est de constater que son style ne convient pas à tous les patineurs masculins français qu’on a formés depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, c’est la base même de l’apprentissage des jeunes qu’il faut repenser.
Pour en revenir aux performances des deux jeunes, Alban et Samuel se sont bien défendus, ils ont fait leur boulot, ils ne pouvaient pas non plus espérer beaucoup mieux. Le Bompard est une compétition de test pour eux, c’est un apprentissage aux compétitions élites senior. Je pense qu’ils vont suivre leur évolution gentiment, en ayant un peu comme parrain Brian Joubert –ce qui est un plus. Joubert se retrouve ainsi avec le rôle difficile de meneur. Il devra montrer la voie qui permettra d’évoluer sans perdre son style –ou d’en trouver un !

Propos recueillis par Anne-Claire LETKI

Voir Interview de S.Moniotte.