Championnats d'Europe - 17-22 janvier 2006 - Lyon

Interview Véronique Delobel

Au lendemain du libre danse, Véronique Delobel, la sœur jumelle d’Isabelle, revient sur le résultat de la compétition. Entre amertume et sérénité.

Esprit Patinage : Qu’as-tu pensé du libre danse ? Comment ressens-tu le jugement d’hier soir ?
Véronique Delobel : Un nouveau système de jugement a été mis en place avec des ordinateurs, avec un choix aléatoire de panel de juges, avec un aspect technique et un aspect artistique, etc… Or, hier soir, ce nouveau jugement n’a pas été respecté, parce que si on regarde bien les deux premiers couples, Grushina/Goncharov et Navka/Kostomarov, tous deux ont fait des séries de twizzles avec des déséquilibres, des pas circulaires et serpentines complètement à l’arrêt, grattés. Pourtant, a priori, les qualités de glisse et de vitesse doivent être prises en compte dans l’évaluation technique. Isabelle et Olivier ont, eux, des difficultés techniques largement plus difficiles, réalisées en vitesse, avec un programme qui est en continu, sans aucun arrêt – contrairement à Navka/Kostomarov qui ont trois ou quatre arrêts de freinage dans leur programme ! Alors, c’est vrai, les Russes dansent bien, ils ont une jolie plastique… Mais c’est facile d’avoir une jolie plastique, sans la technique ! (Je reconnais, je suis un peu remontée !).
Après, d’un point de vue de l’artistique, on ne peut pas dire que Carmen (Navka/Kostomarov) fut bien interprété ; il n’y avait pas « une Carmen » hier sur la glace ! Quant à Grushina/Goncharov, ils ont repris la musique de Peter Gabriel avec un programme quasi plagiat de Grischuk/Platov. C’est le même départ ; tous les pas sont repris. Il n’y aucune originalité. Et en plus, ils finissent trois secondes avant la fin de la musique !
Je pense donc qu’Isabelle et Olivier, et le couple lituanien méritaient d’être sur les deux premières marches du podium. Lequel premier ? Je ne sais pas. Il est vrai que les Lituaniens ont bénéficié d’un fort appui du public pour leur retour. Mais, en tout cas, pour Navka/Kostomarov et Grushina/Goncharov, il n’y avait pas photo : ils étaient (du moins auraient dû être) loin derrière. Pour moi, les russes étaient 4èmes du libre, pas premiers ! Il y a donc un petit souci dans ce jugement.
Certes, il y a encore des choses à travailler du côté du programme d’Isabelle et Olivier. Mais, hier soir, ils ont super bien patiné, il n’y a pas de doutes à avoir. D’ailleurs, le public ne s’est pas trompé ; il a bien réagi. Surtout, je crois que c’était important que le public manifeste son soutien pour Isabelle et Olivier, car ils en avaient grand besoin, étant donné le manque de jugement objectif dans la notation aussi bien technique qu’artistique.

Esprit Patinage : En tant que sœur jumelle d’Isabelle, comment la soutiens-tu dans ces moments là, et comment vis-tu les choses ?
Véronique Delobel : C’était différent quand j’étais patineuse. Je sais à quel point on peut être touché par tous ces évènements qu’on a envie de réussir. Quand on n’y arrive pas, on ne comprend pas pourquoi. Maintenant, j’ai un regard extérieur, peut être un peu plus mûr, un peu plus mature. Donc là, je ne ressens pas ce mauvais jugement au niveau du cœur ; mais je ressens plutôt de l’exaspération ; ça me remonte un petit peu ; je me dis « ça change pas » et c’est vraiment dommage.
Comment la soutenir ? En fait, je suis toujours objective avec elle ; mon avis est fiable. Si c’est mauvais, je lui ferai savoir, je n’irai pas lui dire : « Oh ! T’étais super jolie, c’était chouette, tu devais être première »… Je rechercherai plutôt à lui dire quels sont ses points forts mais aussi ses points faibles. Je ne vais pas lui dire n’importe quoi, parce que sinon ça ne la ferait pas avancer ! Hier, je lui ai dit ce que je pensais, à savoir qu’ils avaient bien patiné et qu’ils méritaient le podium. Lorsqu’on avance dans une direction, et que l’on est remis en cause dans un championnat d’Europe, à quelques semaines des Jeux, on se pose des questions, on est déstabilisé. C’était donc important de les rassurer et de les encourager à continuer dans ce sens là.

Esprit Patinage : Isabelle et Olivier gardent-ils l’espoir pour les Jeux de Turin ?
Véronique Delobel : Oui, ils gardent l’espoir. De toute façon, si on perd l’espoir, ce n’est plus la peine de faire la compétition. Je pense qu’il faut toujours viser plus haut et avoir de l’ambition, de la conviction, de l’envie. Bien sûr, ils sont un peu déçus aujourd’hui. Enfin, il faut savoir qu’à Turin va se rajouter la rivalité avec les Canadiens et les Américains. En fait, Isabelle et Olivier n’ont rien à perdre, et tout à gagner. Il faudra y aller à fond !


Propos recueillis par Anne-Claire LETKI